Il y a plus d’un demi siècle, le Premier Ministre de l’époque imposa qu’on ne pût payer en France un salarié en dessous d’un niveau minimal fixé par l’autorité publique. S’il peut apparaître légitime dans son principe, force est d’admettre que le salaire minimum de croissance n’est pas parvenu à remplir ses objectifs. Des études empiriques lui attribuent même des effets contreproductifs. Rien de surprenant, la fixation autoritaire d’une rémunération plancher étant dans ses fondements un non sens économique et social.

Un non sens économique
L’analyse économique théorique est basique : le marché du travail est le lieu de rencontre entre une offre de travail émanant des salariés et une demande de travail par les entreprises. De cette rencontre et pour une qualification donnée se dégage un prix d’équilibre : le salaire. Dès lors, si l’autorité publique impose une rémunération minimale supérieure au salaire tel qu’il se dégage du libre jeu de l’offre et de la demande, il est à craindre que les employeurs, dans un souci d’efficacité économique, préfèrent ne pas embaucher, voire se séparer de leurs employés insuffisamment productifs. La demande est donc contenue. Parallèlement, un niveau de salaire artificiellement élevé encourage l’offre de travail, attirant de nouveaux salariés sur le marché. Il en résulte un excès croissant de l’offre sur la demande de travail, c'est-à-dire du chômage. En d’autres termes moins théoriques, une entreprise ne sera incitée à recruter et conserver un employé que si celui-ci lui rapporte davantage que le niveau de salaire imposé la réglementation soit 1800 euros environ (charges sociales incluses). Par cet effet d’éviction, le salaire minimum devient alors générateur de chômage en rendant inemployables les travailleurs dont la valeur ajoutée est trop faible.

Un non sens social
La politique menée en France depuis l’instauration d’un salaire minimum s’appuie pourtant sur l’idée qu’en augmentant les bas salaires, on réduira mécaniquement la pauvreté et les inégalités de revenu. Cette intention, certes louable, débouche hélas sur un effet diamétralement opposé : la fixation d’une rémunération plancher écarte du marché de l’emploi les travailleurs les moins qualifiés donc les moins productifs, entraînant par là une baisse de leur revenu et un accroissement de la pauvreté. Les jeunes issus de l’immigration en sont les premières victimes : le chômage y est de 40 %. Force est de reconnaître qu’une telle situation tend à reléguer les exclus dans une position d’indigence qui ne leur permet pas d’espérer une élévation avec le temps de leur « employabilité ». Un emploi même à très bas salaire aurait pourtant le mérite, outre de leur accorder une dignité dans notre société, de les relancer dans le circuit avec l’espoir d’élever progressivement leur « attractivité ». L’instauration d’un salaire minimum crée ainsi une fracture sociétale en séparant ceux dont la valeur ajoutée est supérieure au plancher de 1800 euros et ceux dont la faible qualification ne rend plus économiquement aptes à l’embauche du fait d’un coût minimal imposé règlementairement au chef d’entreprise. Cette particularité hexagonale aboutit à la formation de véritables trappes à inactivité et pauvreté. Une enquête menée par l’OCDE en 2007 a justement montré que la persistance du risque de pauvreté est plus basse dans certains pays comme l’Allemagne, le Danemark, l’Autriche, la Finlande, qui n’ont pas de salaire minimum légal. D’aucuns pourront alors légitimement se demander s’il n’est pas préférable d’être chômeur plutôt qu’un travailleur occupant un emploi faiblement rémunéré. C’est possible mais, pour notre part, nous préférons laisser à l’individu la liberté de choisir.

Finalement, l’instauration d’un salaire minimum parmi les plus élevés d'Europe n’a pas permis en France de réduire la pauvreté et de limiter les inégalités de revenu. Une étude de l’INSEE a même montré en 2000 qu’une augmentation du SMIC de 10% détruirait environ 290 000 emplois à long terme. L’OCDE, pour sa part, conseilla à la France de revenir sur ce principe de salaire plancher, son principal effet étant d’écarter de l’emploi les personnes les plus fragiles à commencer par celles sans qualification, les jeunes à la sortie de l’école et les parents isolés. La fracture sociale dénoncée par les politologues français trouve ainsi sa cause non pas dans les salaires bas mais dans le chômage qui anéantit souvent toute perspective d’intégration économique et sociale pour ceux qui en sont frappés.
Rappelons aussi qu’en 2008, les 3 pays les moins inégalitaires d’Europe, la Finlande, le Danemark et la Suède, n’ont toujours pas instauré un salaire minimum légal. L’Allemagne, l’Autriche et l’Italie non plus. Nous, français, préférons le chômage et l’exclusion à un petit revenu d’activité.