L’E3D

Le journal de l’Economie, du Droit et du Développement durable

n°1
Date : 15/12/2010
Fondé par le Département E3D de l’EBS

LE DOSSIER – la situation des jeunes en France

Chômage, pauvreté, précarité, échec scolaire, déqualification…..triste perspective d’avenir pour la jeunesse française !

En effet, le chômage des jeunes en France est préoccupant, 23,7% sont en recherche d’emploi, 20% vivent sous le seuil de pauvreté, 950 Euros par mois (revenu inférieur à 60% du revenu moyen), contre 13% pour le reste de la population. Presque la moitié des jeunes actifs a un contrat atypique (CDD, intérim, emplois saisonniers…) contre 12,6% de la population et connaît pendant 5 ans en moyenne la précarité : ils sont surreprésentés dans cette situation.

Par ailleurs, la France est le pays où moins de 30% des 16-25 ans seulement sont en activité contre 45% en Allemagne, 47% au Royaume Uni et 67% aux Pays-Bas. Le Danemark est le pays où le taux de chômage est le plus faible des pays de l’OCDE (12%), et en Allemagne aussi, il est inférieur à celui de la population totale.

Et les entreprises ont une très mauvaise opinion d’eux : seulement 13% des entrepreneurs déclarent, dans un sondage IFOP pour ADIA (octobre 2010) que le niveau de compétences des jeunes est meilleur que celui de leurs aînés et 5% qu’ils sont plus motivés !

Ces mauvais départs dans la vie ne risquent-ils pas de peser sur leur trajectoire professionnelle ?

Plusieurs raisons sont avancées :

  • le système éducatif exclut chaque année, entre 130 000 et 150 000 jeunes qui se retrouvent sans formation, alors que le diplôme, dont le poids symbolique est grand en France, est encore la meilleure protection contre le chômage, les jeunes qualifiés (BAC+2) ne sont que 6.5% à connaître le chômage. Pourtant seulement un peu plus du tiers des jeunes titulaires d’un BAC +5 occupaient en 2009 un emploi de niveau « cadre ». Il reste que 20% d’une classe d’âge n’a pas les connaissances de base !

  • leur forte vulnérabilité et précarité : CDD, stages…, seuls 30% des jeunes sont embauchés en CDI lors de leur premier emploi. La France a multiplié les contrats spécifiques et notamment en faveur des jeunes (Contrats aidés, CJE, CPE…) dont le niveau de protection est bien différent de celui des CDI donc le marché du travail marche à 2 vitesses et la précarité touche ainsi davantage la jeunesse.
  • le coût du travail comparé à leur faible productivité : P.Cahuc, professeur à Polytechnique, voit dans l’inadéquation de la formation aux besoins des entreprises et le coût du travail l’une des principales raisons de ce résultat. Un SMIC trop élevé serait alors défavorable aux jeunes non qualifiés.

Mais leurs difficultés d’insertion sont-elles liées à l’âge ou à leur absence de qualification ?

La situation des jeunes en France
La situation des jeunes en France

Nicolas Sarkozy avait annoncé en 2009 un plan « d’urgence », d’un montant de 1,3 milliard d'euros notamment axé sur le développement de la formation en alternance avec incitations financières pour les entreprises et l'emploi des jeunes. Emploi hypersensible aux fluctuations conjoncturelles, ils sont particulièrement touchés par la hausse du chômage lorsque la croissance s’essouffle comme en 2009 lors de la crise des subprimes : derniers entrés, ils sont les premiers à sortir du marché du travail !

Début mars, le chef de l’Etat a annoncé un nouveau plan de 500 millions d’Euros de soutien à l’emploi basé sur les contrats aidés et souhaite relancer l’apprentissage « véritable arme anticrise », pour passer de 600 000 jeunes en alternance à 1 million à terme » a-t-il déclaré. Concrètement, dans les entreprises de plus de 250 salariés, le quota d’alternance obligatoire passera de 3 à 4% (soit 135 000 jeunes de plus par an), une taxation allant de 0.05% à 0.2% de la masse salariale pour les entreprises ne respectant pas ce quota mais une prime de 400 € par contrat et par an pour celles qui le dépasseront. Pour les entreprises de moins de 250 salariés, exonération de charges pendant 6 mois pour tout nouveau contrat d’apprentissage ou de professionnalisation.

La France a consacré 54 milliards d’Euros aux politiques de l’emploi en 2010: mais surtout en politiques passives, c'est à dire qu'elles ne visaient pas à agir sur le niveau de l'emploi mais à distribuer des revenus à ceux qui en étaient privés. Elles ont ainsi contribué à banaliser la précarité, par le biais des contrats aidés, des CDD et des temps partiels, en exonérant les employeurs d'une partie des cotisations sociales. Depuis septembre 2010, les jeunes de moins de 25 ans sont devenus éligibles au RSA (Revenu de solidarité active : 460Euros mensuels) qui fait partie des minima sociaux, à certaines conditions : avoir travaillé au moins 2 ans au cours des 3 dernières années (quel que soit le type de contrat), condition difficile à remplir lorsque cette condition s’applique à une population, première touchée par le chômage.

Malgré cela, ils restent plus confiants que leurs parents en l’avenir : ils sont près de la moitié à espérer obtenir un bon job et beaucoup se voient de futurs entrepreneurs (47% des moins de 30 ans, selon une étude de l’APCE, Agence pour la création d’entreprises).

L’Etat se doit donc de prendre en considération les difficultés de la jeunesse française à intégrer le marché du travail et développer des politiques actives qui ont pour objet d'améliorer le fonctionnement des marchés du travail, permettre une meilleure adéquation entre la nécessité d’être compétitives et flexibles pour les entreprises et la sécurité pour les travailleurs. C'est notamment ce qui se fait au Danemark avec la « flexisécurité ».

Il ne suffit donc pas de renforcer la protection sociale des jeunes les plus démunis mais de rendre plus efficaces les mesures actives pour les jeunes, de réduire les barrières du côté des entreprises, de rendre la transition de l’Ecole à l’emploi plus facile en favorisant le cumul emploi-études, stages et alternance et de s’assurer que les jeunes ne quittent le système d’enseignement sans un minimum de compétences requises par le marché du travail (Recommandations du Rapport de l’OCDE).

Dr. Martine Peyrard Moulard

Les chiffres et les priorités

Les jeunes au chômage et les jeunes dans la précarité…

Se plonger dans les chiffres revient à se mettre la tête dans un étau… On en ressort épuisé tant les chiffres divergent. Quelques-uns toutefois pour se remettre les idées en place En France, les chiffres ne sont pas très clairs, d’autant qu’on ne calcule le chiffre du chômage de cette catégorie que sur les actifs ; or, la majorité des moins de 25 ans poursuivent encore leurs études. Il n’en demeure pas moins que le taux d’emploi représente, au premier trimestre 2010, que 28,1% de ces jeunes, soit 2,119 millions de personnes. Ainsi, le taux de chômage serait de 8,1%, soit 634 000 jeunes.

… Selon le BIT, on recense 81 millions de personnes âgées de 15 à 24 ans sans emploi dans le monde, en 2009, ce qui revient à un taux de chômage de 13%, en augmentation par rapport à 2007 (11,9%). Plus encore, 152 millions de jeunes de cette catégorie d’âge vivent avec moins de 1 euro par jour, soit 28% de la population active mondiale des 15-24 ans. Et puis, il y a les ribambelles de solutions apportées par épisodes successifs qui conduisent aujourd’hui à se demander si les instruments utilisés pour lutter contre le chômage, quel qu’il soit d’ailleurs – des jeunes, des vieux, des plus de 50 ans, des sans qualification, etc. – sont inefficaces… Pourtant, toutes ces questions et les réponses plus ou moins intelligentes qui sont mises en place ne mènent nulle part…

Un choix devait être fait entre l’inflation et le chômage, suivant sans doute la Courbe de Phillips qui relie négativement le taux de chômage et l’inflation, si bien que lorsque le chômage monte, l’inflation baisse et vice-versa. Dans le cadre de l’U.E., la priorité a été donnée à la lutte contre l’inflation, suivant en cela les recommandations, ou plutôt les exigences de l’Allemagne qui redoute tant ce fléau. Les jeunes sont l’avenir d’un pays… En contrepartie, il fallait donc ménager cette population ; et pour reculer le chômage, la stratégie d’allongement des études a permis, pendant un temps, d’éloigner les jeunes du marché du travail… Le chômage de cette population croissait, mais on ne le voyait pas. Et aujourd’hui, cela est rendu visible… On continue de mettre en place des plans en tout genre en sachant pertinemment que cela ne portera aucun fruit ! Le chômage disperse la population qui attend patiemment de nouvelles mesures ! Et dès que l’inflation augmente ne serait-ce que d’un dixième de pourcentage, on lutte, on lutte… en prévenant d’une menace qui ne dit pas son nom mais qui est sûrement grave ! Tant que l’individu sera considéré comme un coût, cela perdurera ; « il n’y a ni richesse ni de force que d’hommes » (Jean Bodin, 1577) ; une idée nouvelle pour aujourd’hui ????

Dr. Nathalie Costa